L'album photo complet est ici.
Ce projet de gravir le toit de l’Europe murit dans ma tête depuis
ce printemps 2012, mais au début c’était pour le faire à la journée. En
étudiant le topo et les temps de passages, cela paraissait délicat pour une
première et il ne fallait pas se tromper dans l’itinéraire.
Le problème est que pour réserver le refuge du gouter
(refuge classique pour l’ascension du Mont Blanc), il faut s’y prendre un mois
à l’avance et on a trois minutes de 0h à 0h03 sur internet pour avoir une
chance d’être pris. Bref, trop compliqué pour moi qui ne sait même pas ce qu’il
va faire le week-end suivant. Après avoir regardé la carte de plus près, je me
suis rendu compte que le refuge de Tête Rousse pouvait faire l’affaire et à en
voir les commentaires, beaucoup moins fréquenté.
Je suis donc décidé pour faire cette ascension sur deux jours,
reste plus qu’à trouver qui veut bien venir avec moi. C’est en discutant de ce
projet avec Nico, voyant ses yeux briller quand j’ai prononcé le mot
Mont-Blanc, que j’ai compris que cette expédition le tenterait bien. Nous voilà
donc décidé pour le week-end du 22-23 Septembre.
Dès le lendemain matin, je
prends le téléphone pour tenter une réservation, mais 10 jours avant la date et
pour un samedi soir, je n’y croyais pas trop. Au bout du fil, j’entends une voix
me dire : « c’est bon pour le 22, pour deux personnes, bonne
journée ! ». Je bafouille deux trois mots pour dire merci/au revoir et
je raccroche. Il m’a fallu 15sec pour réaliser ce que je venais de faire, ce
que cela impliquait, que le projet était maintenant lancé, que c’était une
première pour tous les deux, qu’il fallait gérer en tant que premier de cordée
même si j’avais entièrement confiance en Nico en second.
Le fait que ça soit une première pour tous les deux, sans
guide, a donné une autre dimension à cette ascension. Il faut rester concentré
tout le long, faire nos choix et les assumer.
Notre itinéraire est à droite, de Tête Rousse au sommet.
1ère étape : Le refuge et l’aiguille du gouter. Après
15min de marche, nous voilà devant le grand couloir ou « couloir de la
mort ». C’est un couloir d’une 100aine de mètres réputé dangereux car des
cailloux tombent sans cesse et qu’il faut bien choisir son moment pour
traverser. Pendant la pleine période estivale, le sol est très sec et des
cailloux de la taille d’une voiture peuvent tomber. Lors de notre passage,
nous ne verrons que deux minuscules
cailloux. La neige et le gel de la nuit maintiennent les cailloux en place, ce
qui nous permet de faire une traversée tranquille, même si on ne s’attarde pas.
Ensuite une grande montée de 600D+ nous attend avec des petits passages
d’escalade facile pour arriver au refuge du gouter. On se rend compte du monde
qu’il peut y avoir dans ce refuge, en 5 minutes de pause, 5 cordées de 2 ou 3
personnes commencent leur ascension.
2ème étape : le dôme du gouter. Nous
doublons quelques cordées lentes et c’est parti pour une grimpette de 1000D+
dans les glaciers. La montée se fait bien, les traces sont bien visibles et il
est impossible de se tromper. La fine pellicule de neige nous rassure, car en
cas de chute il est très facile de s’arrêter. Avec Nico nous tenons un bon
rythme, les heures d’entrainement en trail nous permettent de ne pas trop faire
monter le cœur. Le cap des 4000 est franchi, une première depuis que je fais de
la montagne, et je commence à sentir des petits mots de tête. Le vent commence
à bien souffler, les doigts commencent à geler malgré les gants et l’eau dans
le camel-back est complètement gelée. Comme en trail, nous reprenons des forces
avec un gel énergétique (bio) et c’est reparti.
4ème étape : le sommet. C’est par une arête
étroite que l’on arrive sur le toit de l’Europe. Rien autour de nous n’est plus
haut, on se sent en apesanteur, je me retourne vers Nico et il n’arrive pas à
réaliser, on est au Mont-Blanc, on l’a fait ! Quelques minutes d’adrénaline
plus tard, le cerveau se remet à écouter les signaux de notre corps. Il a
froid, il a faim, il a soif et se reposerait bien 5 minutes. Ce sera chose
faite le temps de quelques photos, de manger quelques biscuits et de boire la
glace pilée dans notre gourde.
5ème étape et pas des moindres : la
descente. C’est bien beau de monter, mais il faut aussi descendre. Il est 7h25,
il y a 2700m de descente et le dernier tramway est à 16h50, inutile de se
presser. Plusieurs pauses seront nécessaires pour faire le même chemin en sens
inverse. On repasse les bosses, le dôme, l’aiguille du gouter avec son célèbre
refuge, la désescalade, le couloir (ça tombait un peu plus que le matin, mais
on est passé sans soucis) et nous voilà arrivé à la station de tram de
Mont-Lachat, les pieds en feu. On arrivera à Grenoble à 19h, des souvenirs et
des images plein la tête, une grosse envie de dormir, mais surtout une grosse envie
de gravir d’autres sommets mythiques…

6 commentaires:
Wwwaahhhoouuu trop fort même si vous êtes de grands malades :) heureusement que je connais les 2 loustiques et leur entrainement pour être rassurée au moment du départ (quoique).
C'est un super projet et vous avez eu de belles conditions. La photo avec la lentille du puy est vraiment splendide. J'aime aussi ta petite pause culinaire (gel - bio) lol
Félicitations très beau récit !!
Félicitations, quelle aventure! un vrai régal à lire, on s'y croirait si ce n'est qu'on a pas les images (ni les températures) dans la tête. Un incroyable projet, et on est ravis d'entendre que vous êtes rentrés en un seul morceau sans vous prendre un caillou voiture sur la tête!
thistsaBravo le Gaulois. Beau sommet dans de belles conditions. Parfait quoi ! Vous étiez là au bon moment.
Génial, bravo à tous les 2. En plus de la performance le récit est bien rédigé. C'est quoi la prochaine étape ?
Joli récit, jolies photos, quoique vous pourriez sourire un peu plus sur la photo, vous étiez fatigués ou quoi ;-)
Super récit, qui donne un vrai éclairage...
(ma petite voix me dit: "meuh non c'est juste le Mt Blanc, soit pas deg!!!")
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