mardi 25 septembre 2012

Projet Mont-Blanc 2012



L'album photo complet est ici.

Ce projet de gravir le toit de l’Europe murit dans ma tête depuis ce printemps 2012, mais au début c’était pour le faire à la journée. En étudiant le topo et les temps de passages, cela paraissait délicat pour une première et il ne fallait pas se tromper dans l’itinéraire.
Le problème est que pour réserver le refuge du gouter (refuge classique pour l’ascension du Mont Blanc), il faut s’y prendre un mois à l’avance et on a trois minutes de 0h à 0h03 sur internet pour avoir une chance d’être pris. Bref, trop compliqué pour moi qui ne sait même pas ce qu’il va faire le week-end suivant. Après avoir regardé la carte de plus près, je me suis rendu compte que le refuge de Tête Rousse pouvait faire l’affaire et à en voir les commentaires, beaucoup moins fréquenté.

Je suis donc décidé pour faire cette ascension sur deux jours, reste plus qu’à trouver qui veut bien venir avec moi. C’est en discutant de ce projet avec Nico, voyant ses yeux briller quand j’ai prononcé le mot Mont-Blanc, que j’ai compris que cette expédition le tenterait bien. Nous voilà donc décidé pour le week-end du 22-23 Septembre. 
Dès le lendemain matin, je prends le téléphone pour tenter une réservation, mais 10 jours avant la date et pour un samedi soir, je n’y croyais pas trop. Au bout du fil, j’entends une voix me dire : « c’est bon pour le 22, pour deux personnes, bonne journée ! ». Je bafouille deux trois mots pour dire merci/au revoir et je raccroche. Il m’a fallu 15sec pour réaliser ce que je venais de faire, ce que cela impliquait, que le projet était maintenant lancé, que c’était une première pour tous les deux, qu’il fallait gérer en tant que premier de cordée même si j’avais entièrement confiance en Nico en second.

Le fait que ça soit une première pour tous les deux, sans guide, a donné une autre dimension à cette ascension. Il faut rester concentré tout le long, faire nos choix et les assumer.

Le jour J arrive, la météo s’est améliorée toute la semaine, et toutes les conditions sont réunies pour réussir le sommet. En montant dans le tramway du Mont-Blanc, le chauffeur dit à un guide : « c’est le dernier week-end de la saison, et vous aurez les meilleures conditions de l’année ». Avec Nico on ne peut s’empêcher de sourire, une étoile est avec nous. Le premier jour consiste à faire 1100m de D+ pour atteindre le refuge. Dans la montée nous perdons le chemin à plusieurs reprises, on croise un guide et on discute un peu météo : « Dimanche matin il fait beau mais il y aura du vent, et surtout le lenticulaire pourra nous empêcher de faire le sommet… ». Avec Nico on fait signe de la tête « on verra bien… » sans savoir de quoi il pouvait parler avec son anti-machin (pour info c’est ça un lenticulaire) et sur cette photo (ci-à gauche), on le voit bien le samedi. Le doute s’installe, et quelques minutes plus tard, on ose en parler, « merde on pensait avoir les conditions idéales, mais il nous manquait ce côté pro pour analyser la météo.  Tant pis, on y va quand même.»
Nous voilà au refuge, bonne ambiance, personnel super sympa, on rencontre d’autres alpinistes, les sujets de conversation ne manquent pas. Il est à peine 20h quand on va se coucher, demain petit dej à 1h30 pour un départ à 2h. Après un sommeil difficile, le réveil sonne alors que cela fait déjà 5 minutes qu’on est réveillé et qu’on attend la sonnerie. Il est 2h, les cordées commencent à partir et on suit le mouvement.
Notre itinéraire est à droite, de Tête Rousse au sommet.

1ère étape : Le refuge et l’aiguille du gouter. Après 15min de marche, nous voilà devant le grand couloir ou « couloir de la mort ». C’est un couloir d’une 100aine de mètres réputé dangereux car des cailloux tombent sans cesse et qu’il faut bien choisir son moment pour traverser. Pendant la pleine période estivale, le sol est très sec et des cailloux de la taille d’une voiture peuvent tomber. Lors de notre passage, nous  ne verrons que deux minuscules cailloux. La neige et le gel de la nuit maintiennent les cailloux en place, ce qui nous permet de faire une traversée tranquille, même si on ne s’attarde pas. Ensuite une grande montée de 600D+ nous attend avec des petits passages d’escalade facile pour arriver au refuge du gouter. On se rend compte du monde qu’il peut y avoir dans ce refuge, en 5 minutes de pause, 5 cordées de 2 ou 3 personnes commencent leur ascension.

2ème étape : le dôme du gouter. Nous doublons quelques cordées lentes et c’est parti pour une grimpette de 1000D+ dans les glaciers. La montée se fait bien, les traces sont bien visibles et il est impossible de se tromper. La fine pellicule de neige nous rassure, car en cas de chute il est très facile de s’arrêter. Avec Nico nous tenons un bon rythme, les heures d’entrainement en trail nous permettent de ne pas trop faire monter le cœur. Le cap des 4000 est franchi, une première depuis que je fais de la montagne, et je commence à sentir des petits mots de tête. Le vent commence à bien souffler, les doigts commencent à geler malgré les gants et l’eau dans le camel-back est complètement gelée. Comme en trail, nous reprenons des forces avec un gel énergétique (bio) et c’est reparti. 

3ème étape : L’arête des bosses. Au dessus de 4000, on perd 30% de nos capacités. Ca fait déjà 1100D+ et les 500 mètres de dénivelé qui nous restent en valent autant. La montée est longue, à chaque bosse franchie on voit une autre bosse, mais jamais le sommet. Cette série d’antécimes est interminable, heureusement avec Nico on est bien synchronisé, le mental calé sur un seul objectif, arriver au bout. Un replat nous permet de reprendre des forces avec un gel et d’admirer la lumière du soleil levant à l’horizon. Le spectacle est grandiose, les montagnes se réveillent et nous offres leurs meilleurs profils. Ces moments là sont magiques et on oublie les mètres de dénivelé, la fatigue, le froid et le vent qui nous désensibilisent les doigts et la figure. Le mental prend le dessus sur les jambes et c’est reparti pour l’ascension finale.

4ème étape : le sommet. C’est par une arête étroite que l’on arrive sur le toit de l’Europe. Rien autour de nous n’est plus haut, on se sent en apesanteur, je me retourne vers Nico et il n’arrive pas à réaliser, on est au Mont-Blanc, on l’a fait ! Quelques minutes d’adrénaline plus tard, le cerveau se remet à écouter les signaux de notre corps. Il a froid, il a faim, il a soif et se reposerait bien 5 minutes. Ce sera chose faite le temps de quelques photos, de manger quelques biscuits et de boire la glace pilée dans notre gourde.

5ème étape et pas des moindres : la descente. C’est bien beau de monter, mais il faut aussi descendre. Il est 7h25, il y a 2700m de descente et le dernier tramway est à 16h50, inutile de se presser. Plusieurs pauses seront nécessaires pour faire le même chemin en sens inverse. On repasse les bosses, le dôme, l’aiguille du gouter avec son célèbre refuge, la désescalade, le couloir (ça tombait un peu plus que le matin, mais on est passé sans soucis) et nous voilà arrivé à la station de tram de Mont-Lachat, les pieds en feu. On arrivera à Grenoble à 19h, des souvenirs et des images plein la tête, une grosse envie de dormir, mais surtout une grosse envie de gravir d’autres sommets mythiques…

6 commentaires:

Vio a dit…

Wwwaahhhoouuu trop fort même si vous êtes de grands malades :) heureusement que je connais les 2 loustiques et leur entrainement pour être rassurée au moment du départ (quoique).

C'est un super projet et vous avez eu de belles conditions. La photo avec la lentille du puy est vraiment splendide. J'aime aussi ta petite pause culinaire (gel - bio) lol

Félicitations très beau récit !!

DrKoala a dit…

Félicitations, quelle aventure! un vrai régal à lire, on s'y croirait si ce n'est qu'on a pas les images (ni les températures) dans la tête. Un incroyable projet, et on est ravis d'entendre que vous êtes rentrés en un seul morceau sans vous prendre un caillou voiture sur la tête!

Sonicronan a dit…

thistsaBravo le Gaulois. Beau sommet dans de belles conditions. Parfait quoi ! Vous étiez là au bon moment.

Unknown a dit…

Génial, bravo à tous les 2. En plus de la performance le récit est bien rédigé. C'est quoi la prochaine étape ?

Tans a dit…

Joli récit, jolies photos, quoique vous pourriez sourire un peu plus sur la photo, vous étiez fatigués ou quoi ;-)

rrrolf a dit…

Super récit, qui donne un vrai éclairage...

(ma petite voix me dit: "meuh non c'est juste le Mt Blanc, soit pas deg!!!")